« Vous êtes, vous, le sel de la terre. Mais si le sel s ‘affadit, avec quoi sera-t-il salé ? Il n’est bon qu’à être jeté dehors et piétiné. » (Mt 5,13) (…) Cette comparaison exprime à merveille l’humilité de votre action et le silence dans lequel vous la menez à bien. Appliquons-la au membre de l’Institution Thérésienne : il doit être sel de la terre, et s’il cesse de l’être, il ne répond plus à sa mission.

Le sel donne du goût à ce qui est fade. Voilà votre mission : donner du goût à ce qui est fade là où vous allez, là où vous vivez, avec les gens que vous rencontrez. Rendre attirant ce qui semble fastidieux, agréable la vie spirituelle, aimables les qualités morales, joyeuse la pénitence, et consolante la souffrance. Que votre manière d’être dans votre travail, vos paroles, vos actions, soit tellement convaincante, vos relations tellement empreintes d’accueil et de compassion, que la vie des autres reprenne goût. Voilà l’esprit attrayant que nous devons avoir si nous voulons vivre selon l’esprit de Thérèse d’Avila (…). Les gens ont perdu le goût de vivre ; mais quand dans leur découragement, ils rencontrent sur leur chemin le sel de l’amour de Dieu, de l’authentique charité, ils retrouvent ce goût. Et sans même s’en rendre compte, ils font alors l’expérience de quelque chose qu’ils ne parviennent peut-être pas toujours à s’expliquer, mais qui les réjouit, les console et les encourage. Pour combien de personnes la source de la conversion a-t-elle été la rencontre d’un disciple du Christ !

Le sel guérit. La force d’âme qui attire, voilà le meilleur remède, le plus doux, celui qui cicatrise le plus rapidement les blessures. Ce feu de la charité, de l’amour de Dieu, purifie tout ce qu’il touche. Pour guérir, le sel doit se dissoudre ; cette comparaison dit qu’il nous faut faire place à l’autre. Un tel oubli de soi ne reste pas sans récompense. Une telle douceur n’irritera pas notre prochain, ne le fâchera pas, ce sera pour celui qui souffre un remède si doux qu’il ne soulèvera chez lui aucune plainte.(…)

Mais il faut garder à l’esprit que, tout comme le sel ne peut produire cet effet bénéfique que s’il se dissout, de même le membre de l’Institution Thérésienne ne peut guérir les plaies et les blessures de l’humanité que par le martyr, par le don de soi. (…)

Le sel préserve de la mort. Avec le sel, il ne peut y avoir de destruction. Il en va de même en présence d’un véritable membre de l’Institution Thérésienne. Vos paroles et vos conversations, vos actes, votre comportement, tout en vous doit être signe de la vie qui s’oppose à la mort. La mort est destruction, mais en vous, la grâce du Christ est une source inépuisable de vraie vie : celle qui ne tarit pas. Que la grâce du Christ, son Esprit, ne s’éteignent jamais en vous, car sinon, la mort prendrait le dessus.

(…) Notre simplicité, notre naturel doivent pouvoir susciter chez ceux que nous rencontrons le désir d’en vivre aussi. Votre humilité fera éclater aux yeux de tous qu’il s’agit d’un don de Dieu, l’auteur de tout bien ; et pour eux aussi, un chemin s’ouvrira. Ainsi, vos paroles et vos actions délivreront de la mort tous ceux que vous rencontrerez. (Considération, 1920)